Témoignage

Témoignage

Monsieur Bernard Lecomte, de la paroisse Ste-Catherine de Hathey

Traduction ICI – par Michel Clairoux

L’équipe de pastorale m’a demandé de vous parler de mon attachement à l’Église, de mon engagement, je ne peux m’empêcher de parler de cela sans vous parler de mon bénévolat. En voilà une idée que j’ai eue en 2016 ! Donner de mon temps, de ma personne, être disponible sans rémunération … C’est complètement contraire à l’éthique du monde où le temps c’est de l’argent ou de absolument voyager à la retraite est l’essentiel. Ici, à l’église Sainte-Catherine, le temps il compte pour servir. C’est essentiellement une offrande, il faut aimer donner, participer, construire, rencontrer, partager. C’est ce que j’ai compris et ce que j’ai vécu dans mes 8 années de bénévolat pour la communauté.

J’ai compris que le bénévolat n’est pas un produit. C’est un don de bonne volonté ! Et le don est au cœur des relations sociales. Il est à la fois une contrainte et une liberté. C’est cette liberté qui fait la valeur du don, ainsi que l’équilibre à conquérir entre l’obligation de donner, la liberté de donner, l’intérêt pour soi et l’intérêt pour les autres.

Dans ce sens, pour moi, le bénévolat a été une interpellation, je me suis senti appelé. Pourquoi ? Parce qu’il se démarque complètement du modèle économique en accordant plus d’importance aux liens, aux relations humaines qu’aux biens, en accordant du temps gratuit.

Le don est vraiment un modèle spécifique. Parce que chaque fois que je donne, j’affirme la valeur du geste gratuit, je prends le « risque » de la relation avec mon prochain. Donner, c’est vivre l’expérience d’une appartenance communautaire qui, loin de limiter la personnalité de chacun, lui donne toute sa dimension.

C’est cette expérience que j’ai vécue comme bénévole dans la paroisse Sainte-Catherine. Une expérience sociale fondamentale au sens littéral. Avec le don, j’ai expérimenté les fondements de la communauté, ce qui me rattache à elle.

En travaillant avec les autres bénévoles de la paroisse j’ai compris que les bénévoles sont le sel de la terre et lumière du monde.

Matthieu 5 13  » 13 C’est vous qui êtes le sel du monde. Mais si le sel perd son goût, comment pourrait-on le rendre de nouveau salé ? Il n’est plus bon à rien ; on le jette dehors, et les gens marchent dessus. 14 C’est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville construite sur une montagne ne peut pas être cachée. 15 On n’allume pas une lampe pour la mettre sous un seau. Au contraire, on la place sur son support, d’où elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. 16 C’est ainsi que votre lumière doit briller devant les hommes, afin qu’ils voient le bien que vous faites et qu’ils louent votre Père qui est dans les cieux. « 

Une lumière illumine ces hommes et ces femmes qui se sont donnés pour la communauté Sainte-Catherine. Les actions des bénévoles de la paroisse Sainte-Catherine témoignent du Royaume de Dieu. Les bénévoles de notre paroisse répandent auprès des paroissiens la joie et l’espérance. Ils préparent le chemin de Dieu.

Certains agissent de manière cachée et restent dans les coulisses comme le sel dans les aliments. Mais sans eux, un ingrédient important manquerait. À travers l’engagement de nos bénévoles, Dieu prend un goût de sel. Il devient comme la lumière qui transforme la nuit en jour.

Les bénévoles sont comme du levain : « Ils entremêlent l’Église avec leurs idées, leur temps, leur attention ». Ils apportent leurs talents et contribuent à créer ce qui est comestible et savoureux.

Ils sont là, avec leur cœur et leur raison, leur écoute attentive. Ils sont là, lorsqu’il faut s’entraider et s’engager. C’est là, dans leurs petites actions, que grandit le royaume de Dieu.

Ils fortifient la communauté, mais aussi chacun de ses membres dans son individualité qui met ses talents au service de tous. J’ai beaucoup appris au contact de ces bénévoles de la paroisse Sainte-Catherine.

Accorder de l’importance à l’autre. Être attentifs les uns aux autres. Prendre soin les uns des autres. Se supporter les uns les autres, oui, accepter que nous dépendions les uns des autres et que nous nous reconnaissions les uns les autres. Partager les souffrances comme les joies… Quelle exigence, quel défi, mais aussi quelle promesse dans un monde aussi individualiste que le nôtre ! Je tiens à remercier sincèrement tous les bénévoles qui ont œuvré dans la paroisse Sainte-Catherine, mille fois merci! Je vous aime et je vous porte en moi dans mes prières. Je ne vous nommerai pas parce que j’ai peur d’oublier certains noms, mais je vous demanderais de vous lever, pour qu’on vous reconnaisse, levez-vous les bénévoles de Sainte- Catherine. Applaudissez-les chaleureusement.

Malgré, puisqu’il faut faire malgré la fermeture de notre église, ll est essentiel de se rappeler que le véritable souffle d’une communauté vivante, c’est l’Esprit. De là, l’importance de se laisser inspirer par le souffle imprévisible de l’Esprit et de puiser aux sources : il y en a deux : la Parole de Dieu et la communauté. Vous allez me dire, mais il y a l’eucharistie, mais l’eucharistie sans la communauté ça n’a pas de sens.

En ce XX1ième siècle, c’est l’expérience de la foi qui conduit à l’Église et non l’inverse « La situation est différente, en ce sens qu’hier, dans notre société marquée par le christianisme et l’église triomphante, glorieuse, l’Église était comme un donné préalable, tout était programmé, nous vivions dans une bulle. Elle existait de façon très visible, parfois peut-être trop visible. Elle conduisait à la foi de façon plus ou moins naturelle ou automatique, personne ne se posait de questions et il ne fallait surtout pas en poser ». Nous apprenions le petit catéchisme par cœur.

Aujourd’hui, pour un ensemble de raisons que des théologiens, des historiens et des sociologues peuvent analyser, l’Église n’est plus le donné préalable à la foi, ça ne va pas de soi. C’est l’accès même à la foi qui est en question. C’est l’expérience de la foi, si fragilequ’elle soit, qui peut conduire jusqu’à l’Église. C’est la découverte de Jésus-Christ qui est nécessairement l’étape initiale du chemin que les personnes à la recherche de l’amour et de la vérité ont à parcourir.

« Un défi est lancé aujourd’hui aux paroissiens de Sainte-Catherine: créer une union, une alliance, avec une autre paroisse et notre milieu, une nouvelle grande communauté constituée de deux communautés très différentes qui se laisse toucher par les joies, les drames et les espoirs de leur deux communautés et du monde d’aujourd’hui, et qui cherche à identifier des formes novatrices pour que l’Évangile puisse toucher les cœurs et prendre racine dans la vie d’aujourd’hui. » Vous êtes invités à vous associer avec la communauté de Sainte-Élizabeth de North-Hatley pour former une grande communauté vivante dans la foi et cela avec nos différences.

Dieu donne son Esprit à chacun, mais à la condition que chacun forme, avec les autres, une communauté qui se donne, qui s’aime, qui s’émerveille, qui se pardonne, et qui est en sortie vers les lieux où on a un grand besoin de découvrir l’amour transformateur de Dieu. Car si nous ne nous laissons pas transformer et bousculer par le Seigneur, ça veut dire que nous ne voulons pas le recevoir et nous laisser conduire par lui, mais que c’est nous quivoulons le maîtriser. Et vouloir maîtriser Dieu c’est vouloir être à sa place!

Nous sommes invités à sortir de nous-mêmes et à devenir porteurs de lumière pour éclairer les ténèbres. Ce n’est pas à nous de prédire le jour – mais ce jour viendra – où des hommes et des femmes seront appelés de nouveau à prononcer la Parole de Dieu de tellefaçon que le monde en sera transformé et renouvelé. Ce sera un langage nouveau, libérateur et rédempteur, comme celui du Christ. Jusqu’à ce jour, la vie des chrétiens est silencieuse et cachée ; mais il y aura des hommes et des femmes qui prieront, agiront avecjustice et attendront le temps de Dieu. Puisses-tu être de ceux-là et puisse-t-on dire de toi : «La voie des justes est comme la lumière brillante, dont l’éclat augmente jusqu’à ce que le jour soit dans sa splendeur » (Pr 4,18).

Je suis de ceux qui croit qu’on peut « réinventer » la communauté, mais à certainesconditions. Je suis fier et heureux d’œuvrer, ces années-ci, dans l’Église. Ce sont des années de recherche à vivre « ensemble », des années de remise en question, des annéesde créativité et de défis. Ce sont des années où nous traversons un désert, des années de passage, des années où Dieu nous appelle à vivre nous-mêmes ce qui est le cœur de notre foi.

La foi a besoin, pour supporter l’épreuve du temps et du changement, pour durer et pour grandir, de faire un double accueil : premièrement à notre propre fragilité, liée à notrecondition humaine, et deuxièmement à la fragilité de Dieu dépouillé de tout hors de son être dont il propose à tous la pure saveur de vie. Il faut que ces deux fragilités entrent en dialogue. De leur alliance naît la joie, la joie vaste, vivace, et la lumière.

Merci à vous tous!


Traduction : Michel Clairoux

The pastoral team asked me to talk to you about my attachment to the Church, about my commitment, I can’t help but talk about it without mentioning my volunteering. Back in 2016, I had the idea to give my time, myself, to be available without compensation… It is completely contrary to the ethics of a world where time is money or where simply traveling in retirement is essential. Here, at Sainte-Catherine church, time is valued to serve. It is essentially an offering, one must love to give, participate, build, meet, share. That is what I have understood and experienced in my 8 years of volunteering for the community.

I realized that volunteering is not a commodity. It is a gift of goodwill! And the gift is at the heart of social relationships. It is both a constraint and a freedom. It is this freedom that gives value to the gift, as well as the balance to be achieved between the obligation to give, the freedom to give, the interest for oneself and the interest for others.

In this sense, for me, volunteering has been a call, I felt called. Why? Because it completely stands out from the economic model by giving more importance to connections, human relationships than to goods, by giving free time.

The gift is truly a specific model. Because every time I give, I affirm the value of the free gesture, I take the « risk » of a relationship with my neighbor. Giving is living the experience of community belonging which, far from limiting each individual’s personality, gives it its full dimension.

It is this experience that I have lived as a volunteer in the Sainte-Catherine parish. A fundamental social experience in the literal sense. Through the gift, I have experienced the foundations of the community, what ties me to it.

Working with other volunteers in the parish, I have understood that volunteers are the salt of the earth and the light of the world. Matthew 5:13 You are the salt of the earth. But if the salt loses its flavor, how can it be made salty again? It is no longer good for anything, except to be thrown out and trampled underfoot.

It is you who are the light of the world. A city built on a hill cannot be hidden. Nor do people light a lamp and put it under a basket, but on a stand, and it gives light to all in the house. In the same way, let your light shine before others, so that they may see your good works and give glory to your Father who is in heaven.

A light shines on these men and women who have dedicated themselves to the Sainte-Catherine community. The actions of the volunteers of the Sainte-Catherine parish testify to the Kingdom of God. The volunteers of our parish spread joy and hope among the parishioners. They prepare the way for God.

Some act in a hidden manner and remain behind the scenes like salt in food. But without them, an important ingredient would be missing. Through the commitment of our volunteers, God takes on a taste of salt. He becomes like the light that transforms night into day.

The volunteers are like leaven: « They intermingle the Church with their ideas, their time, their attention. » They bring their talents and contribute to creating what is edible and tasty.

They are there, with their heart and reason, their attentive listening. They are there, when it is necessary to help and commit. It is in their small actions that the kingdom of God grows.

They strengthen the community but also each of its members in their individuality that puts their talents at the service of all. I have learned a lot from these volunteers of the Sainte-Catherine parish.

Giving importance to others. Being attentive to each other. Taking care of each other. Supporting each other, yes, accepting that we depend on each other and recognize each other. Sharing both sorrows and joys… What a requirement, what a challenge but also what a promise in a world as individualistic as ours! I sincerely thank all the volunteers who have worked in the Sainte-Catherine parish, a thousand times thank you! I love you and I hold you in my heart.

I love you and I hold you in my prayers. I will not name you because I am afraid of forgetting some names, but I would ask you to stand up, so that you may be recognized, stand up all the volunteers of Sainte-Catherine. Applaud them warmly.

Despite, even though we must go on despite the closure of our church, it is essential to remember that the true spirit of a living community is the Spirit. Therefore, it is important to be inspired by the unpredictable breath of the Spirit and draw from two sources: the Word of God and the community. You might say to me, but there is the Eucharist, but the Eucharist without the community makes no sense.

In this 21st century, it is the experience of faith that leads to the Church and not the other way around. « The situation is different, in that yesterday, in our society marked by Christianity and the triumphant, glorious church, the Church was like a given, everything was programmed, we lived in a bubble. It existed in a very visible way, sometimes maybe too visible. It led to faith in a more or less natural or automatic way, no one asked questions and questions were definitely not to be asked. » We learned the catechism by heart.

Today, for a variety of reasons that theologians, historians, and sociologists can analyze, the Church is no longer a given before faith, it is not self-evident. It is access to faith itself that is in question. It is the experience of faith, however fragile it may be, that can lead to the Church. The discovery of Jesus Christ is necessarily the initial step of the journey that those seeking love and truth have to embark on.

« A challenge is thrown today to the parishioners of Sainte-Catherine: to create a union, an alliance, with another parish and our community, a new large community made up of two very different communities that allow themselves to be touched by the joys, the dramas, and the hopes of both communities and of today’s world, and that seek to identify innovative forms so that the Gospel can touch hearts and take root in today’s life. »

You are invited to join the community of Sainte-Élizabeth of North-Hatley to form a vibrant community of faith, embracing our differences. God gives His Spirit to each one of us, but on the condition that we form a community that gives, loves, admires, forgives, and goes out to places in great need of discovering God’s transformative love. If we do not allow ourselves to be transformed and shaken by the Lord, it means we do not want to receive Him and let Him lead us, but instead want to control Him. Wanting to control God is wanting to be in His place!

We are called to step out of ourselves and become bearers of light to illuminate the darkness. It is not for us to predict the day – but that day will come – when men and women will once again be called to speak the Word of God in a way that will transform and renew the world. It will be a new, liberating, and redeeming language, like that of Christ. Until that day, the lives of Christians are silent and hidden; but there will be men and women who will pray, act justly, and wait for God’s time. May you be among them, and may it be said of you: « The way of the righteous is like a shining light, that shines more and more until the full day » (Pr 4:18).

I am one who believes that we can « reinvent » the community, but under certain conditions. I am proud and happy to work in the Church in recent years. These are years of searching to live « together, » years of questioning, creativity, and challenges. These are years when we cross a desert, years of transition, years when God calls us to live what is at the heart of our faith.

Faith needs, to withstand the test of time and change, to endure and grow, to make a double welcome: first, to our own fragility, linked to our human condition, and second, to the fragility of God stripped of everything outside of His being, offering to all the pure taste of life. These two fragilities must enter into dialogue. From their alliance comes joy, vast and vibrant, and light.

Thank you all!

 

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